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Pierre Rich
VIBRATIONS VIOLONCELLE / Le défi et ses sortilèges
L’idée est née d’un déf lancé par Lisa Erbès de tenter de capter les vibrations de l’instrument et tous ses mouvements. Ce pari et ce paradoxe sont d’autant plus fous qu’une photographie est par nature immobile. La musique n’est qu’une bouffée du souvenir du temps, dit Pascal Quignard. C’est en cela qu’elle rejoint la photographie, car toutes deux usent des sortilèges de la temporalité. Les séances de prises de vue ont été un véritable laboratoire, moments d’incon-forts joyeux où il a fallu oser et tester toutes sortes d’expérimentations. Laisser survenir l’inattendu et l’improbable, les bougés sensibles, les interférences, les coïncidences, les relations. Il s’est agi par conséquent de trouver des artifices techniques propres à la photographie pour rendre compte de cette énergie où tout s’anime conjointement, bras, mains, doigts, archet, cordes, caisse de résonnance : vitesses lentes faisant surgir le mouvement sur le capteur, point de netteté décalé, faible profondeur de champ d’où apparaissent d’étranges fantômes, fous de bougé, longues focales isolant les détails. Je rejoins ainsi sans doute, mais très intuitivement, ce que Marey et Muybridge ont réalisé en leur temps : rendrent compte autant de la matérialité très physique de l’instrument - ses matières, ses poussières, ses écorchures, ses brillances, que de son abstraction - les traces, les fuites, les interférences, les transparences, les démultiplications, les fous et les fottements. Cette série photographique et témoigne de cette aventureuse expérience.
Le livre
Une aventure visuelle imprévue
« Echos » est le résultat en images de nombreuses rencontres avec des musiciens, principalement de jazz, à la fois en conditions de concert ou encore lors de séances de prises de vue spécifiques avec les artistes.
Je porte un intérêt depuis très longtemps pour les liens entre les sons et les couleurs, la musique et la peinture, les rythmes visuels et musicaux. Ces relations subtiles entre les sens, là où l’image devient musique et où la musique nous emporte dans ses univers imaginaires et visuels, de nombreux auteurs et artistes les ont expérimentées : de Victor Segalen et ses « Synesthésie » aux peintres Wassili Kandinsky ou Paul Klee, des musiciens pionniers de la fin XIXe au début XXe, Satie, Debussy, au plus récent John Cage. Les écrits de Jean-Yves Bosseur ont également théorisé et exploré ces « dérèglements de tous les sens » dont parlait Rimbaud. C’est là aussi où « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent », disait Baudelaire dans son poème Correspondances.
La genèse du projet : il y a presque dix ans la violoncelliste Lisa Erbès m’a lancé le défis de capter ce que l’œil humain ne voit pas, de plonger mon regard sur les vibrations des cordes et les mouvements imperceptibles de l’instrument, ce qui a donné lieu à la publication d’un livre, « Vibrations violoncelle », ainsi qu’à une exposition. Depuis l’aventure a continué avec d’autres artistes : capter l’imperceptible, découvrir des synchronicités, déceler ces phénomènes visuels étonnants, provoqués par des poses longues rencontrant les mouvements des corps et des instruments. La photographie, cet art de l’immobilité et du temps suspendu, « fenêtre ouverte sur le monde » - ses images stables et durables, très matérielles, très « réelles », rencontre ainsi l’éphémère musical, l’instant d’une énergie insaisissable, ces ruissellements de sons, ces jets de couleurs, ces danses d’ectoplasme joyeux.
©Pierre Rich /2026 / siret : 35075079000023 / SAIF 6823 / TVA intra FR68350750790






















































































